
Le tube de peinture
L’invention du tube de peinture
Depuis l’Antiquité, les peintres utilisent des pigments faits de végétaux, d’éléments tirés des animaux, de minéraux… Quelquefois, ils sont cuits puis broyés en poudre. De l’huile de lin, de carthame, de noix ou d’œillette est ajoutée à la poudre. Ce mélange fait d’excellentes peintures à l’huile. La gomme arabique donnera l’aquarelle ou la gouache. L’œuf est utilisé pour la tempera sur un support de bois et la cire d’abeille pour les pastels.
Au XIXe siècle, l’artiste peintre, le pleinairiste a de grosses contraintes de transport. Il doit de toute façon marcher ! Le déplacement reste difficile. La diligence permet d’aller plus loin, mais reste coûteuse et fatigante. Plus tard, le train permettra plus de confort tout en augmentant les distances parcourues. L’artiste a besoin d’emporter avec lui un matériel important, lourd et encombrant. La boîte de couleurs est composée de mines de plomb, de fusain, de pigments et de liants, comme l’eau, l’huile ou le médium, de pinceaux, d’un support pour peindre, de papier ou de toile, d’un chevalet et d’un siège pliant.
En 1822, le peintre anglais James Hams fabrique des tubes en verre ressemblant à des seringues qui permettent de pousser la peinture et de la conserver. C’est très fragile et extrêmement onéreux !
Les premiers peintres de l’école de 1830, ceux qui quittent l’atelier ou qui n’en ont pas, ne connaissent pas le tube de peinture ! Ils utilisent la vessie de porc séchée, fermée par un lien, comme emballage pour leur préparation. Ils percent un petit trou, pressent la vessie pour dégager un peu de matière. C’est peu pratique, malodorant et fragile !
En 1841, le peintre américain John Goffe Rand invente un cylindre en plomb plié et roulé aux deux extrémités fermé par une pince. Sous l’impulsion du fabricant de couleurs Winsor & Newton, cela devient un tube en étain ou en métal souple, fermé hermétiquement avec un bouchon à vis. Le brevet est déposé aux États-Unis, le 11 septembre 1841 (brevet n° 2252).
En 1859, en France, la maison Lefranc & Bourgeois commercialise le bouchon à pas de vis, qu’elle améliore. Cela permet au tube de peinture de se démocratiser. Elle propose désormais, un produit fiable avec un beau panel de couleurs. Les impressionnistes bénéficient de l’industrialisation de ces tubes de peinture ainsi que des nouvelles destinations en train, ce qui leur permet de prospecter de nouveaux horizons.
Sans cette véritable révolution dans le monde de la peinture, les peintres ne seraient pas sortis de leurs ateliers.
Un autre problème se pose : la miscibilité des couleurs. Aujourd’hui, avec les pigments chimiques stables, il est possible de réaliser sans limites des mélanges. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le risque d’interactions violentes, du type mise à feu ou agressivité vis-à-vis du support, est une réalité que le peintre doit absolument maîtriser. Il faut également évoquer la toxicité de certains pigments, qui mettent en péril la santé, voire la vie de ceux qui les manipulent (arsenic, antimoine, sulfate de cuivre, cyanure)…
