Fresselines

Promenade sur les pas de Claude Monet

Espace Monet-Rollinat à Fresselines - Photo Alexis Chartraire

Fresselines

Fresselines ne se traverse pas par hasard. Perché sur son éperon rocheux depuis des siècles, ce village de la Creuse ne se trouve au bout d'aucun grand axe — on s'y rend, on ne le croise pas. La route qui y mène, étroite et sinueuse, plonge dans la fougère avant de remonter vers le bourg, annonçant déjà la sauvagerie du lieu.

Ici, deux rivières se rejoignent : la Creuse et la Petite Creuse, dont les eaux ont creusé, siècle après siècle, des vallées abruptes où la roche affleure partout. Le confluent, encaissé sous une épaisse couverture végétale, donne au paysage cette violence tranquille qui a attiré tant d'artistes.

Le village lui-même, aux maisons massives bâties dans la pierre brune du pays, garde la trace de ceux qui l'ont habité ou visité : un buste de Monet, signé Danielle Bertholdt et inauguré en 2020, veille non loin d'un bas-relief de Rodin en hommage à Maurice Rollinat, l'homme qui attira ici tant de personnages célèbres. Au XIXe siècle, on n’hésitait pas à faire plus de 11 heures de train pour venir passer un week-end à Fresselines pour le rencontrer.

Aujourd'hui encore, un sentier balisé longe la rivière, jalonné de reproductions des toiles peintes par Monet au printemps 1889, à l'endroit même où il posait son chevalet. C'est ce chemin que nous vous proposons de suivre.

L'Espace Monet-Rollinat

Espace Monet Rollinat à Fresselines (Photo Angèle Gauvin)

Au cœur du village, l'Espace Monet-Rollinat retrace cette page d'histoire artistique et littéraire. Installé dans une ancienne grange réhabilitée, ce Centre d'Art rend hommage aux deux hommes qui ont fait la renommée du lieu : Maurice Rollinat, arrivé à Fresselines en 1883, et Claude Monet, venu le rejoindre au printemps 1889.

Une salle d'interprétation est consacrée à Rollinat — sa vie à Fresselines, ses longues promenades le long de la Creuse, ses parties de pêche, tout ce qui nourrit son inspiration une fois éloigné de Paris. Le parcours retrace également le séjour de Monet : ses trois mois d'affrontement avec les paysages instables de la Petite Creuse et du confluent, et les 24 toiles qu'il en rapporte — aujourd'hui dispersées dans les plus grands musées du monde.

Salle d'exposition dans l'EMR (Photo Angèle Gauvin)

Au-delà de cet hommage, l'Espace Monet-Rollinat reste un lieu vivant : expositions temporaires, ateliers, conférences et « master classes » y accueillent aujourd'hui artistes amateurs et professionnels, dans la continuité de cette tradition de création qui n'a jamais vraiment quitté le village.

La Pouge

La Pouge et buste de Maurice Rollinat (Photo Angèle Gauvin)

C'est ici, à l'écart du bourg, que Maurice Rollinat s'installe finalement au printemps 1884, dans cette petite demeure cachée sous les glycines et les rosiers. Un sentier ombragé dévale tout près jusqu'à la rivière — l'un de ses coins de pêche favoris, et sans doute l'un des chemins qu'il empruntait avec ses visiteurs.

Rollinat n'est pourtant pas seul à Fresselines. Depuis 1883, il partage sa vie avec Cécile Pouettre, comédienne connue sous le nom de scène de Cécile de Gournay — tandis que son épouse légitime, Marie Sérullaz, épousée à Lyon en 1878, reste éloignée, le mariage n'ayant jamais vraiment fonctionné. Cécile reste à ses côtés vingt ans, jusqu'à leur mort à tous deux, en 1903.

Car La Pouge ne connaît pas la solitude. Un peu comme Nohant l'était pour George Sand, la maison devient le cœur d'une intense vie artistique et intellectuelle : outre les Fresselinois (le maire, le châtelain et le curé), on y croise Rodin, Alluaud, Detroy, Maillaud, Guillaumin, Madeline, Osterlind — et bien sûr Claude Monet, en 1889.

La maison d'origine n'existe plus. Mais sur son emplacement, un buste en bronze de Rollinat, réalisé par Paul Surtel, veille aujourd'hui face à un bassin ornemental — souvenir de la mare qui s'y trouvait autrefois.

Église Saint-Julien - Photo Wikipedia

L'église Saint-Julien

Au centre du village, l'église Saint-Julien surprend par son clocher : une tour carrée coiffée d'un arrondi, surmontée d'une tourelle puis d'un fin clocheton tapissé de bardeaux de châtaignier — une silhouette qui se détache dans le paysage comme un sémaphore. Édifiée au XIIe siècle par les moines cisterciens de l'abbaye d'Aubepierre, à Measnes, elle fut remaniée au XVe siècle.

À l'intérieur, une statue en pierre polychrome de saint Julien de Brioude, un trésor d'objets liturgiques, et deux sculptures en bois d'Anna Quinquaud, originaire de la région, dialoguent avec trois vitraux contemporains de Didier Bourdeau. Sur la tribune, un harmonium — celui-là même dont jouait Maurice Rollinat pendant les messes de son ami l'abbé Daure.

Église Saint-Julien - Vitraux - Photo Alexis Chartraire

Mais c'est au chevet de l'église que se joue la vraie rencontre. À gauche, un buste en bronze de Claude Monet, œuvre de Danielle Bertholdt inaugurée en 2020 pour les 130 ans de son séjour à Fresselines : fait rare, il représente le peintre à 49 ans, l'âge qu'il avait lors de son passage dans la vallée. À droite, un bas-relief en marbre, Dernière Vision, sculpté par Auguste Rodin en hommage à Rollinat après sa mort en 1903.

L'œuvre a son histoire : Rodin, refusant de sculpter un visage sans modèle vivant, livra une composition symbolique — un visage de femme, une tête de saint Jean-Baptiste, des mains démesurées — qui ne rappelle en rien les traits du poète. Les commanditaires, déçus, le jugèrent trop impersonnel ; Rodin refusa dès lors d'y apposer sa signature. Le bas-relief fut malgré tout inauguré le 21 octobre 1906, en présence du sculpteur.

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