Le confluent des deux Creuse
En empruntant le sentier qui part devant l'église, un peu plus loin sur la gauche, on descend au confluent des deux Creuse.
Nous voici au lieu même qui a retenu Monet plus de trois mois : le confluent où la Creuse et la Petite Creuse se rejoignent, que le peintre surnomme lui-même "Les Eaux Semblantes". Invité par le critique Gustave Geoffroy à venir rendre visite à Rollinat, Monet ne prévoit qu'un court séjour. Il y reste du 5 mars au 19 mai 1889.
Sur ce seul motif, revenant sans cesse au même endroit à différentes heures du jour, il peint dix de ses vingt-quatre toiles fresselinoises — une méthode déjà esquissée à Belle-Île quelques années plus tôt, mais que Monet systématise ici pour la première fois. C'est la naissance de ce qui devient sa manière de travailler en série, avant les Meules, les Peupliers ou les Cathédrales de Rouen.
Le séjour n'est pourtant pas de tout repos. Monet se heurte à un pays qu'il croit pouvoir saisir "du premier coup" et qui se révèle, dans ses propres mots, "d'un difficile inouï". Le printemps le trahit particulièrement : ayant commencé en plein hiver une série centrée sur un vieil arbre dénudé au bord de l'eau, il voit les premières feuilles apparaître début mai — sans que ses toiles, toutes peintes en paysage hivernal, soient achevées. Monet propose alors cinquante francs au propriétaire de l'arbre pour en faire arracher les jeunes pousses, préférant corriger la nature plutôt que sa peinture.
Les toiles rapportées de Fresselines sont présentées dès juin 1889, à Paris, lors d'une exposition conjointe avec Auguste Rodin. Cette amitié entre les deux hommes se retrouve à Fresselines même : c'est Rodin qui, quelques années plus tard, sculpte le bas-relief en hommage à Rollinat, aujourd'hui visible sur le mur de l'église.
L'œuvre a son histoire : Rodin, refusant de sculpter un visage sans modèle vivant, livre une composition symbolique — un visage de femme, une tête de saint Jean-Baptiste, des mains démesurées — qui ne rappelle en rien les traits du poète. Les commanditaires, déçus, le jugent trop impersonnel ; Rodin refuse dès lors d'y apposer sa signature. Le bas-relief est malgré tout inauguré le 21 octobre 1906, en présence du sculpteur.
La Petite Creuse
À droite, en arrivant au confluent, un sentier nous permet de remonter ce torrent dont le cours naturel n'est régulé par aucun grand barrage. Elle passe d'un filet d'eau, l'été lorsque la saison est sèche, à une furieuse crue pouvant atteindre plusieurs mètres, ravageant tout sur son passage. Les canyons que l'on devine au travers de l'intense végétation ont été peints à nu par Monet : à l'époque, le pâturage des animaux ne laissait pas le temps aux arbres de pousser.
À quelques pas de là, nous arrivons sur une passerelle métallique que ni Claude Monet ni Maurice Rollinat n'ont connue. Pour traverser, ils empruntaient un gué aménagé dont les vestiges perdurent encore. Lors des crues, fréquentes au printemps, il fallait remonter au village, le traverser et redescendre en direction de Puy Rageau en longeant le cimetière. Ce choix du pont métallique suspendu, qui peut surprendre, a été imposé par l'État et par les services des Bâtiments de France pour la sécurité et l'intégration dans le paysage naturel et historique. (Source Pays Dunois). Ils reprenaient le chemin, en direction du pont de Puy Guillon, l'un des plus anciens de la vallée.
Une fois sur l’autre rive, un très agréable chemin ombragé nous emmène vers Puy Guillon, un hameau qui dort au fond de la vallée. Nous arrivons sur un pont dont les piles en pierre sont datées de 1878. Le pont qui était présent avait été emporté par la crue de 1877. Il a été récemment restauré. Comme presque tout le chemin, il ne permet le passage que des piétons et des vélos. Le promeneur a alors le choix entre remonter vers le village, après avoir traversé le pont ou continuer de longer Puy Guillon. Une fois à Puy Rageau, il suffit de traverser de nouveau la Petite Creuse pour remonter vers le village.
Bonne balade,
Alexis.
Pour prolonger la promenade
Chaque étape de ce parcours a inspiré une ou plusieurs toiles de Claude Monet. Découvrez, motif par motif, les œuvres peintes à chacun de ces emplacements, et comparez-les, en marchant, au paysage d’aujourd’hui.
