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Crozant, promenade le long de la Sédelle, sur les pas des peintres de l'École de Crozant

Crozant - Vue du château depuis l'esplanade de l'église - Photo Alexis Chartraire

Le point de vue sur le château

La balade commence ici, face aux ruines de la forteresse de Crozant, qui dominent le confluent de la Sédelle et de la Creuse depuis leur éperon rocheux. C'est très exactement ce point de vue qu'a peint André Des Gachons dans Les ruines de Crozant, aujourd'hui conservé au musée de Châteauroux.

C'est aussi ici que tout commence. Installée à Gargilesse à partir de 1850, George Sand vient régulièrement se promener parmi ces ruines, qui la fascinent au point qu'elle y revient chaque année — une fidélité qu'elle confie elle-même à Delacroix, dans une lettre de 1845.

Au même moment, un peu plus à l'ouest, au village du Fay, les frères Dupré, Louis Cabat et Théodore Rousseau initient un mouvement nouveau : le "pleinairisme". Grâce à l'invention du tube de peinture, les artistes peuvent enfin quitter l'atelier et peindre directement devant leur motif. Ils viennent alors nombreux saisir sur le vif les paysages pittoresques de Crozant.

De ces rencontres et de cette émulation naît, en 1864, le nom qui donnera son identité à tout un mouvement : l'École de Crozant.

(Pour en savoir plus sur cette naissance du plein air, voir nos rubriques "De Tendu au Fay" et "L'invention du tube de peinture" )

Les ruines du château - Photo Angèle Gauvin

Le château

Les ruines qui dominent le confluent ne sont pas un simple décor : elles couronnent un éperon rocheux occupé depuis le néolithique, tant sa position — entre Creuse et Sédelle — en faisait un site défensif idéal. Les premières traces écrites remontent à la fin du Xe siècle, mais c'est au XIIIe siècle, sous l'impulsion d'Hugues X de Lusignan et de son épouse Isabelle d'Angoulême — ancienne reine d'Angleterre, veuve de Jean sans Terre —, que la forteresse prend l'ampleur qu'on lui connaît : près de 380 mètres de long, protégés par un millier de mètres de remparts et dix tours. Louis IX lui-même la prendra un temps en gage.

Remaniée au XVe siècle par Charles VII, qui la rend habitable après les ravages de la guerre de Cent Ans, la forteresse perd peu à peu sa vocation défensive. Les guerres de Religion, puis un tremblement de terre en 1606, achèvent de la fragiliser : elle devient carrière de pierres pour les villageois, avant de connaître plusieurs propriétaires successifs — dont, au XXe siècle, l'hôtelier Firmin Brigand, dont l'établissement accueillait déjà les peintres au pied des ruines. La commune en fait l'acquisition en 1994.

C'est précisément cette grandeur déchue qui fascine les artistes du XIXe siècle. George Sand s'en inspire pour son roman Mauprat, et lui consacre tout un chapitre du Péché de Monsieur Antoine. Quant à Armand Guillaumin, sa correspondance témoigne d'un émerveillement sans réserve devant la beauté du site.

Buste d'Armand Guillaumin - Photo Alexis Chartraire

Le buste d'Armand Guillaumin

Près de l'église, un buste en bronze veille sur le village : Armand Guillaumin, réalisé par le sculpteur Paul Paulin et fondu par la maison Hébrard. Un hommage mérité — c'est bien lui que l'on surnomme "le peintre de Crozant", tant il est resté fidèle à ces paysages pendant plus de trente ans.

Le 29 juin 1930, Gaston Treignier, le maire, préside l'inauguration du buste d’Armand Guillaumin en présence du préfet Barré et de l'académicien Georges Lecomte (réservée aux abonnés)

Bon nombre de peintres sont venus peindre avec lui. C'était aussi un maître patient pour ceux qui voulaient apprendre à maîtriser l'art du paysage.

Les auberges des peintres

Le village comptait alors plusieurs adresses connues des artistes de passage : l'Hôtel Lépinat, rendez-vous des peintres dès 1880, un autre dans la rue, et l'Hôtel des Ruines, plus proche encore de la forteresse. On y croisait Guillaumin, Léon Detroy, Francis Picabia, Wynford Dewhurst, Paul Madeline, et bien d'autres — des soirées animées de musique, de chansons et de contes, après de longues journées passées seuls face à leur motif.

Depuis juin 2014, l'ancien Hôtel Lépinat a retrouvé sa vocation sous une autre forme : il abrite le Centre d'interprétation des peintres de l'École de Crozant, avec un atelier de peintre reconstitué, du matériel d'époque et des toiles de collections privées.

Musée Hôtel Lépinat - Photo Alexis Chartraire

La villa Rocca, la maison d'Eugène Alluaud

Certains peintres ne se contentaient pas de séjourner à Crozant : ils s'y enracinaient. C'est le cas d'Eugène Alluaud, peintre et photographe, natif de Haute-Vienne, qui découvre la vallée dès 1887 et finit par s'y faire construire, en 1903, sa propre maison : la villa Rocca. Il en dessine lui-même une partie de la façade, mêlant peinture et céramique, ses deux passions. L'architecte est monsieur Geay qui construit d'autres maisons à Crozant, dont celle du photographe, peintre et menuisier Édouard Papillon. 

Chaque été à partir de 1905, lui et son épouse Marcelle y accueillent leurs amis artistes pour des fêtes restées célèbres — la maison surplombe la Creuse et le Puy Bariou, un motif que Guillaumin peindra plusieurs fois depuis ce même jardin. Son neveu, peintre amateur et aussi photographe, Jo Teillet, habite la maison jusqu'à sa mort. La villa Rocca est aujourd'hui une propriété privée, qui ne se visite pas.

En route vers la Sédelle

Il nous faut maintenant traverser le village pour rejoindre la Sédelle, qui coule en contrebas. Il faut prendre la rue de La Sédelle et suivre le chemin de La Folie qui descend sur la gauche.

La Sédelle, sentier des peintres (suite)

Le moulin de la Folie - Photo Alexis Chartraire

Le moulin de la Folie

Adossé à une falaise, le moulin de la Folie est sans doute le motif le plus peint de tout le parcours. Guillaumin, installé à Crozant à partir de 1893, y revient sans cesse — on connaît de lui plusieurs versions du même sujet, dont celle conservée aujourd'hui au musée d'Orsay (vers 1902).

Un pont du XVIIe siècle, à trois piles de granit, relie le moulin à la rive où passe aujourd'hui le Sentier des Peintres. Ce n'est pas un hasard si les impressionnistes s'y sont tant attardés : il suffisait de planter son chevalet face à la passerelle pour trouver, toute faite, une composition idéale pour leur technique — peu de ciel, un arrière-plan resserré, une palette éclatante (Christophe Rameix).

Le moulin lui-même a longtemps vécu de la meunerie : dans la seconde moitié du XIXe siècle, il était exploité par Jean Laberthonnière, avant que la famille Perrot n'en devienne les derniers meuniers. Il est privé et ne se visite pas. Le franchissement de la passerelle est interdit.

La Sédelle

La Sédelle - Photo Alexis Chartraire

Longue de 37,6 kilomètres, la Sédelle prend sa source près de La Souterraine et rejoint la Creuse ici même, à Crozant, après un parcours en méandres qui traverse tout le nord du département. Mais c'est précisément dans ces derniers kilomètres, entre le pont Charraud et le confluent, que la rivière prend ce visage si particulier qui a séduit les peintres : une eau limpide, semée de gros blocs rocheux, de petites cascades et de moulins.

Ce paysage n'a presque pas changé depuis l'époque des impressionnistes. Le pont Charraud lui-même, en granit, marque la limite de la zone protégée — un vieux pont du XVIIe siècle autour duquel circule encore une légende locale, celle d'un pacte passé avec le diable pour sa construction. C'est dans ces parages que Francis Picabia peint, en 1909, une série de toiles aux contours déjà plus libres, annonçant l'artiste qu'il deviendra bien plus tard.

Le moulin Bouchardon - Photo Alexis Chartraire

En aval, les prairies cèdent la place à une forêt de chênes et de châtaigniers, où les rochers affleurent de partout — un décor si minéral qu'on le retrouve, presque à l'identique, sur bon nombre de toiles de l'époque.

Le moulin Bouchardon

Un peu plus haut sur la Sédelle, le moulin Bouchardon est l'un des motifs auxquels Guillaumin est resté le plus fidèle : on lui en connaît des versions peintes en 1891, 1894, 1895, 1898, 1905 et 1913 — plus de vingt ans de retours au même endroit, à des saisons différentes. L'une d'elles, longtemps conservée au musée Pissarro de Pontoise, est aujourd'hui visible au musée de Châteauroux.

L'accès à la Sédelle se fait soit par le parking à côté du pont Charraud, à pied via le sentier qui descend du village, après le camping. Il est même possible d'accéder en voiture aux berges rive droite sur une partie du chemin. L'endroit, très ombragé, est frais et agréable l'été. Attention, les moulins sont privés et ne sont pas visitables.

Les marque-pages

Comme à Fresselines, le long de la Creuse et de la Petite Creuse, le chemin est bordé de marque-pages.

Tout au long du parcours, un mobilier original accompagne le promeneur : depuis 2011, la Communauté de communes du Pays Dunois a aménagé ce sentier d'interprétation, jalonné d'une dizaine de panneaux qui associent, à chaque point de vue marquant, la reproduction d'une toile et le paysage réel qui l'a inspirée.

Ils vous proposent un arrêt original. Un peintre, un lieu, une histoire. Le promeneur est invité à se mettre dans la peau du peintre, écoutant le glouglou de la rivière.

Bonne promenade.

Alexis

Pour prolonger la promenade

Chaque étape de ce parcours a inspiré une ou plusieurs toiles d'Armand Guillaumin, d'Eugène Alluaud, de Picabia et de tant d'autres.  Découvrez, motif par motif, les œuvres peintes à chacun de ces emplacements, et comparez-les, en marchant, au paysage d’aujourd’hui. Vous pouvez visiter d'autres lieux, sur les pas des peintres en cliquant sur les liens en bas à gauche.

Tiré d'un document de l'EMR à Fresselines

Le confluent des deux Creuse

En empruntant le sentier qui part devant l'église, un peu plus loin sur la gauche, on descend au confluent des deux Creuse.

Nous voici au lieu même qui a retenu Monet plus de trois mois : le confluent où la Creuse et la Petite Creuse se rejoignent, que le peintre surnomme lui-même "Les Eaux Semblantes". Invité par le critique Gustave Geoffroy à venir rendre visite à Rollinat, Monet ne prévoit qu'un court séjour. Il y reste du 5 mars au 19 mai 1889.

Sur ce seul motif, revenant sans cesse au même endroit à différentes heures du jour, il peint dix de ses vingt-quatre toiles fresselinoises — une méthode déjà esquissée à Belle-Île quelques années plus tôt, mais que Monet systématise ici pour la première fois. C'est la naissance de ce qui devient sa manière de travailler en série, avant les Meules, les Peupliers ou les Cathédrales de Rouen.

Confluent des deux creuses - Photo Angèle Gauvin

Le séjour n'est pourtant pas de tout repos. Monet se heurte à un pays qu'il croit pouvoir saisir "du premier coup" et qui se révèle, dans ses propres mots, "d'un difficile inouï". Le printemps le trahit particulièrement : ayant commencé en plein hiver une série centrée sur un vieil arbre dénudé au bord de l'eau, il voit les premières feuilles apparaître début mai — sans que ses toiles, toutes peintes en paysage hivernal, soient achevées. Monet propose alors cinquante francs au propriétaire de l'arbre pour en faire arracher les jeunes pousses, préférant corriger la nature plutôt que sa peinture.

Bas relief de Rodin sur l'église de Fresselines - Photo Angèle Gauvin

Les toiles rapportées de Fresselines sont présentées dès juin 1889, à Paris, lors d'une exposition conjointe avec Auguste Rodin. Cette amitié entre les deux hommes se retrouve à Fresselines même : c'est Rodin qui, quelques années plus tard, sculpte le bas-relief en hommage à Rollinat, aujourd'hui visible sur le mur de l'église.

L'œuvre a son histoire : Rodin, refusant de sculpter un visage sans modèle vivant, livre une composition symbolique — un visage de femme, une tête de saint Jean-Baptiste, des mains démesurées — qui ne rappelle en rien les traits du poète. Les commanditaires, déçus, le jugent trop impersonnel ; Rodin refuse dès lors d'y apposer sa signature. Le bas-relief est malgré tout inauguré le 21 octobre 1906, en présence du sculpteur.

Passerelle métallique suspendue surplombant la Petite Creuse - Photo Alexis Chartraire

La Petite Creuse

À droite, en arrivant au confluent, un sentier nous permet de remonter ce torrent dont le cours naturel n'est régulé par aucun grand barrage. Elle passe d'un filet d'eau, l'été lorsque la saison est sèche, à une furieuse crue pouvant atteindre plusieurs mètres, ravageant tout sur son passage. Les canyons que l'on devine au travers de l'intense végétation ont été peints à nu par Monet : à l'époque, le pâturage des animaux ne laissait pas le temps aux arbres de pousser.

Gué historique sur la Petite Creuse - Photo Alexis Chartraire

À quelques pas de là, nous arrivons sur une passerelle métallique que ni Claude Monet ni Maurice Rollinat n'ont connue. Pour traverser, ils empruntaient un gué aménagé dont les vestiges perdurent encore. Lors des crues, fréquentes au printemps, il fallait remonter au village, le traverser et redescendre en direction de Puy Rageau en longeant le cimetière. Ce choix du pont métallique suspendu, qui peut surprendre, a été imposé par l'État et par les services des Bâtiments de France pour la sécurité et l'intégration dans le paysage naturel et historique. (Source Pays Dunois). Ils reprenaient le chemin, en direction du pont de Puy Guillon, l'un des plus anciens de la vallée.

Pont historique sur la Petite Creuse - Photo Alexis Chartraire

Une fois sur l’autre rive, un très agréable chemin ombragé nous emmène vers Puy Guillon, un hameau qui dort au fond de la vallée. Nous arrivons sur un pont dont les piles en pierre sont datées de 1878. Le pont qui était présent avait été emporté par la crue de 1877. Il a été récemment restauré. Comme presque tout le chemin, il ne permet le passage que des piétons et des vélos. Le promeneur a alors le choix entre remonter vers le village, après avoir traversé le pont ou continuer de longer Puy Guillon. Une fois à Puy Rageau, il suffit de traverser de nouveau la Petite Creuse pour remonter vers le village.

Bonne balade,
Alexis.

Pour prolonger la promenade

Chaque étape de ce parcours a inspiré une ou plusieurs toiles de Claude Monet. Découvrez, motif par motif, les œuvres peintes à chacun de ces emplacements, et comparez-les, en marchant, au paysage d’aujourd’hui.

Fresselines

Promenade sur les pas de Claude Monet

Espace Monet-Rollinat à Fresselines - Photo Alexis Chartraire

Fresselines

Fresselines ne se traverse pas par hasard. Perché sur son éperon rocheux depuis des siècles, ce village de la Creuse ne se trouve au bout d'aucun grand axe — on s'y rend, on ne le croise pas. La route qui y mène, étroite et sinueuse, plonge dans la fougère avant de remonter vers le bourg, annonçant déjà la sauvagerie du lieu.

Ici, deux rivières se rejoignent : la Creuse et la Petite Creuse, dont les eaux ont creusé, siècle après siècle, des vallées abruptes où la roche affleure partout. Le confluent, encaissé sous une épaisse couverture végétale, donne au paysage cette violence tranquille qui a attiré tant d'artistes.

Le village lui-même, aux maisons massives bâties dans la pierre brune du pays, garde la trace de ceux qui l'ont habité ou visité : un buste de Monet, signé Danielle Bertholdt et inauguré en 2020, veille non loin d'un bas-relief de Rodin en hommage à Maurice Rollinat, l'homme qui attira ici tant de personnages célèbres. Au XIXe siècle, on n’hésitait pas à faire plus de 11 heures de train pour venir passer un week-end à Fresselines pour le rencontrer.

Aujourd'hui encore, un sentier balisé longe la rivière, jalonné de reproductions des toiles peintes par Monet au printemps 1889, à l'endroit même où il posait son chevalet. C'est ce chemin que nous vous proposons de suivre.

L'Espace Monet-Rollinat

Espace Monet Rollinat à Fresselines (Photo Angèle Gauvin)

Au cœur du village, l'Espace Monet-Rollinat retrace cette page d'histoire artistique et littéraire. Installé dans une ancienne grange réhabilitée, ce Centre d'Art rend hommage aux deux hommes qui ont fait la renommée du lieu : Maurice Rollinat, arrivé à Fresselines en 1883, et Claude Monet, venu le rejoindre au printemps 1889.

Une salle d'interprétation est consacrée à Rollinat — sa vie à Fresselines, ses longues promenades le long de la Creuse, ses parties de pêche, tout ce qui nourrit son inspiration une fois éloigné de Paris. Le parcours retrace également le séjour de Monet : ses trois mois d'affrontement avec les paysages instables de la Petite Creuse et du confluent, et les 24 toiles qu'il en rapporte — aujourd'hui dispersées dans les plus grands musées du monde.

Salle d'exposition dans l'EMR (Photo Angèle Gauvin)

Au-delà de cet hommage, l'Espace Monet-Rollinat reste un lieu vivant : expositions temporaires, ateliers, conférences et « master classes » y accueillent aujourd'hui artistes amateurs et professionnels, dans la continuité de cette tradition de création qui n'a jamais vraiment quitté le village.

La Pouge

La Pouge et buste de Maurice Rollinat (Photo Angèle Gauvin)

C'est ici, à l'écart du bourg, que Maurice Rollinat s'installe finalement au printemps 1884, dans cette petite demeure cachée sous les glycines et les rosiers. Un sentier ombragé dévale tout près jusqu'à la rivière — l'un de ses coins de pêche favoris, et sans doute l'un des chemins qu'il empruntait avec ses visiteurs.

Rollinat n'est pourtant pas seul à Fresselines. Depuis 1883, il partage sa vie avec Cécile Pouettre, comédienne connue sous le nom de scène de Cécile de Gournay — tandis que son épouse légitime, Marie Sérullaz, épousée à Lyon en 1878, reste éloignée, le mariage n'ayant jamais vraiment fonctionné. Cécile reste à ses côtés vingt ans, jusqu'à leur mort à tous deux, en 1903.

Car La Pouge ne connaît pas la solitude. Un peu comme Nohant l'était pour George Sand, la maison devient le cœur d'une intense vie artistique et intellectuelle : outre les Fresselinois (le maire, le châtelain et le curé), on y croise Rodin, Alluaud, Detroy, Maillaud, Guillaumin, Madeline, Osterlind — et bien sûr Claude Monet, en 1889.

La maison d'origine n'existe plus. Mais sur son emplacement, un buste en bronze de Rollinat, réalisé par Paul Surtel, veille aujourd'hui face à un bassin ornemental — souvenir de la mare qui s'y trouvait autrefois.

Église Saint-Julien - Photo Wikipedia

L'église Saint-Julien

Au centre du village, l'église Saint-Julien surprend par son clocher : une tour carrée coiffée d'un arrondi, surmontée d'une tourelle puis d'un fin clocheton tapissé de bardeaux de châtaignier — une silhouette qui se détache dans le paysage comme un sémaphore. Édifiée au XIIe siècle par les moines cisterciens de l'abbaye d'Aubepierre, à Measnes, elle fut remaniée au XVe siècle.

À l'intérieur, une statue en pierre polychrome de saint Julien de Brioude, un trésor d'objets liturgiques, et deux sculptures en bois d'Anna Quinquaud, originaire de la région, dialoguent avec trois vitraux contemporains de Didier Bourdeau. Sur la tribune, un harmonium — celui-là même dont jouait Maurice Rollinat pendant les messes de son ami l'abbé Daure.

Église Saint-Julien - Vitraux - Photo Alexis Chartraire

Mais c'est au chevet de l'église que se joue la vraie rencontre. À gauche, un buste en bronze de Claude Monet, œuvre de Danielle Bertholdt inaugurée en 2020 pour les 130 ans de son séjour à Fresselines : fait rare, il représente le peintre à 49 ans, l'âge qu'il avait lors de son passage dans la vallée. À droite, un bas-relief en marbre, Dernière Vision, sculpté par Auguste Rodin en hommage à Rollinat après sa mort en 1903.

L'œuvre a son histoire : Rodin, refusant de sculpter un visage sans modèle vivant, livra une composition symbolique — un visage de femme, une tête de saint Jean-Baptiste, des mains démesurées — qui ne rappelle en rien les traits du poète. Les commanditaires, déçus, le jugèrent trop impersonnel ; Rodin refusa dès lors d'y apposer sa signature. Le bas-relief fut malgré tout inauguré le 21 octobre 1906, en présence du sculpteur.

Fresselines, promenade sur les pas de Claude Monet (suite)

Une réalisation des éditions Alexis Chartraire
36300 Pouligny Saint-Pierre

Auteurs

Angèle Gauvin
Alexis Chartraire (site uniquement)

(c) 2026

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